Escampo-Barriou à Giens : la pointe sauvage redoutée des marins
À l’extrémité sud-ouest de la presqu’île de Giens, loin des plages paisibles et des cartes postales estivales, se cache un lieu à part.
Un morceau de roche battu par les vents, chargé d’histoire, de légendes marines et de vestiges oubliés.
Bienvenue à Escampo-Barriou à Giens.

Ici, la Méditerranée change parfois brutalement de visage.
Quand les vents venus des golfes de Gênes et du Lion se rencontrent au large de Giens, la mer se cabre et transforme cette pointe rocheuse en véritable piège pour les marins.
Les anciens Arbanais racontaient qu’y passer en pointu par mauvais temps relevait de la pure folie.
Le bateau tel que pointu pouvait partir au gîte sous les coups de houle croisée, taper violemment, voire casser dans ce tumulte marin que les locaux surnomment encore aujourd’hui :
« la machine à laver ».
Par forte météo, le secteur reste d’ailleurs fortement déconseillé côté mer, même pour des navigateurs expérimentés.
Et pourtant… malgré son caractère sauvage et redouté, Escampo-Barriou fascine depuis toujours.
🌊 Un bout du monde au bout de Giens
Lorsque l’on rejoint la pointe par le sentier du littoral de Giens, l’atmosphère change progressivement.
Le maquis devient plus dense.
La roche se fait plus abrupte.
Le vent s’accélère.
Et au détour du sentier apparaissent soudain les falaises plongeant dans une mer souvent agitée.
À Escampo-Barriou, on ressent immédiatement quelque chose de différent.
Ici, la presqu’île semble se terminer dans un chaos minéral sculpté par les embruns, les tempêtes et les siècles.
Un paysage brut, sauvage et profondément méditerranéen qui compte parmi les plus spectaculaires de Giens.

🍷 D’où vient le nom Escampo-Barriou ?
Le nom provençal « Escampo-Barriou » signifierait littéralement :
- l’échappée des barriques,
- ou les tonneaux renversés.
Selon une ancienne tradition locale, les barriques transportées autrefois par voie maritime pouvaient tomber à la mer dans ce secteur particulièrement dangereux où la houle devenait incontrôlable.
Une autre légende raconte que des tonneaux perdus lors d’un coup de vent auraient été récupérés discrètement par des Arbanais avant que certains ne finissent envoyés au bagne…

Vraie histoire ou simple récit populaire ?
Difficile aujourd’hui de le savoir.
Mais comme souvent à Giens, les légendes locales se mêlent intimement à la réalité et participent au charme du lieu.
🏰 Quand Escampo-Barriou surveillait la Méditerranée
Aujourd’hui, lorsque l’on contemple la mer depuis Escampo-Barriou, il est difficile d’imaginer que cette pointe sauvage fut autrefois un élément important du dispositif de défense de la rade de Toulon.
Pourtant, sa position exceptionnelle en faisait un poste d’observation idéal.
Depuis ces falaises battues par les vents, il était possible de surveiller une large partie des approches maritimes menant au plus grand port militaire de Méditerranée.
Bien avant les installations militaires, un phare à bain d’huile guidait déjà les navires dans ce secteur réputé dangereux.
Puis, à la fin du XIXe siècle, l’armée transforme progressivement le site en véritable sentinelle de la côte varoise.

🔦 Le secret caché dans la falaise
Sous les pieds des promeneurs se cache une histoire que beaucoup ignorent.
Pour renforcer la surveillance maritime, les militaires aménagent ici un étonnant système de galeries et d’ouvrages directement creusés dans la roche.
Au cœur de l’installation se trouvait un puissant projecteur capable de balayer la Méditerranée pendant la nuit.
Face à lui, de l’autre côté de la rade, le projecteur du Cap Sicié participait au même réseau de surveillance destiné à protéger Toulon.
Afin de le préserver des intempéries et d’éventuelles attaques, le projecteur pouvait être rentré dans un tunnel grâce à un système de rails.
Citernes, escaliers, locaux techniques et postes de commande complétaient cet ensemble remarquable pour l’époque.
Aujourd’hui encore, quelques vestiges témoignent discrètement de cette aventure humaine et technologique au bout de la presqu’île.

⚔️ Les cicatrices de la guerre
L’histoire d’Escampo-Barriou ne s’arrête pas aux fortifications.
Durant la Seconde Guerre mondiale, le site est de nouveau utilisé pour surveiller la côte méditerranéenne.
Sa situation dominante en fait naturellement un poste stratégique.
Lorsque les combats liés au débarquement de Provence éclatent en août 1944, plusieurs installations sont endommagées ou détruites.
En observant attentivement certaines ruines, il est encore possible d’apercevoir les traces laissées par ces événements.
Ces vestiges rappellent que derrière la beauté des paysages se cache également une page importante de l’histoire locale.

🌅 Un décor presque irréel
Avec ses falaises abruptes, ses ruines accrochées à la roche et son panorama ouvert sur l’immensité de la Méditerranée, Escampo-Barriou possède une atmosphère unique sur la presqu’île de Giens.
Ici, le temps semble parfois suspendu.
Les vestiges militaires se fondent peu à peu dans la végétation méditerranéenne, tandis que le vent et les embruns poursuivent inlassablement leur œuvre sur les pierres centenaires.

Ce décor spectaculaire n’a d’ailleurs pas échappé au monde du cinéma.
Lors du tournage du Comte de Monte-Cristo, un décor fut spécialement installé sur le site afin de représenter l’entrée de la célèbre grotte au trésor. Le choix d’Escampo-Barriou n’avait rien d’un hasard : difficile d’imaginer cadre plus sauvage, plus mystérieux et plus évocateur pour donner vie à l’univers du célèbre roman d’Alexandre Dumas.
Aujourd’hui encore, lorsque le soleil décline sur les falaises et que la mer se teinte d’or et de bleu profond, on comprend immédiatement pourquoi ce bout de presqu’île continue de fasciner aussi bien les visiteurs que les amoureux de Giens.

❤️ Entre légendes, mer et mémoire
Escampo-Barriou n’est pas seulement un point remarquable du sentier du littoral.
C’est un lieu où se croisent les légendes arbanaises, les souvenirs des marins, l’histoire militaire de la rade de Toulon et la beauté brute de la Méditerranée.
Un endroit qui ne se découvre pas seulement avec les yeux, mais aussi avec l’imagination.
Car ici, entre les falaises, le vent et les ruines, chaque pierre semble encore raconter un morceau de l’histoire de Giens.
Si vous empruntez le sentier du littoral, prenez le temps de vous arrêter quelques instants face à la mer.

L’accès à Escampo-Barriou se mérite. Le terrain est parfois escarpé, les passages rocheux demandent un minimum d’attention et cette portion figure parmi les plus sauvages du parcours.
Mais l’effort est largement récompensé.
Face à l’immensité de la Méditerranée, bercé par le bruit des vagues et le souffle du vent, on comprend rapidement pourquoi Escampo-Barriou continue de fasciner les Arbanais comme les visiteurs depuis des générations.
👉 Pour préparer votre balade, découvrez également notre guide complet du sentier du littoral de Giens : https://giens.fr/sentier-du-littoral-de-giens/
📍 Informations pratiques
Accès :
Depuis la Madrague ou les Darboussières par le sentier du littoral.
Temps de marche :
Environ 40 à 60 minutes selon l’itinéraire choisi.
Difficulté :
Moyenne à complexe. Certains passages sont rocheux et demandent de bonnes chaussures. Possibilité de fermeture à l’approche finale. Consultez les potentielles interdictions aux massifs par jours de Mistral.
À ne pas manquer :
- Les ruines du poste photo-électrique
- Les panoramas sur le large
- Les falaises sauvages
📸 Crédits & Pour aller plus loin
Crédits photos :
Un grand merci à Pascal Belhomme Photographie pour nous avoir confié et autorisé à utiliser plusieurs de ses magnifiques clichés afin d’illustrer cet article.
👉 https://www.facebook.com/pascal.belhomme
Documentation historique et technique :
Merci également à AREVPAM dont les recherches et documents ont permis de reconstituer une partie de l’histoire militaire et technique d’Escampo-Barriou.
Explorer Escampo-Barriou sous la mer
Les falaises et les vestiges visibles depuis le sentier ne représentent qu’une partie de l’histoire du site. Les fonds marins d’Escampo-Barriou recèlent eux aussi de nombreuses richesses.
Pour découvrir la partie immergée de cette zone emblématique de la presqu’île de Giens, nous vous invitons à consulter le reportage réalisé par Ulysse Plongée :
👉 https://www.ulysseplongee.fr/blog/escampobariou/
Vous pouvez également retrouver Ulysse Plongée sur Giens.fr :
